sireix


2 - 1789 à SIREIX

Extrait Lavedan et Pays Toy, 1978 p. 163- 164
Revue de la Société d'Etudes des Sept vallées

Dans le Registre des délibérations de Sireix, de 1789, j'ai trouvé un texte qui me paraît intéressant et qui mérite d'être mis à la connaissance du lecteur. Tout ce qui se passait, en France, à cette époque, se passait également dans le petit village de Sireix, j'ajouterai même, sur une aussi grande échelle.
"Pour servir de mémoire alavenir de ce qui cest passé la présente année 1789 jusques a présent 8° d'août de l'année.
Cette année c'est manifestée de son commencement par la neige et par le plus grand froid qu'on eut jamais senti -il avait bien commencé sur la fin de lannée précedante et ont s'informait par des personnes avancées en age s'ils avoit vu pareille chose, ils ré-pondait que non par ce que cela paraissait surnaturel et cette incons-tance de temps dura près d'un mois on ne pouvait mangé de pain acause que étoit tout glacé - on ne pouvait pas meme avoir de l'eau pour abreuver les bestiaux parceque les sources et rivières étaient toutes glacées on ne pouvait pas non plus moudre du grain pendent plusieurs jours ; et on apprend meme par la gazétte de paris qu'on ne trouvait point de pain dans plusieurs endroits et qu'il était arrivé a ce vendre a vingt cinq sols la livre ce qui semble fort étrange. On entendoit le bruit que les arbres faisait de tout cotté en se fendant a cauze de la grande force gelée. Ce temps ce modéra quelque peu le 10° janvier -le monde et les bestiaux commencèrent de respirer les neiges et les glaces commencèrent a ce fondre et on apprend par les papiers publics que les quatre principaux fleuves du Royaume ont fait des domages considérables autour de leur cours lors de la fonte des glaces ; après tout le reste du mois de janvier ce passa fort doucement il : fit un temps fort tranquile
Le mois de février fut fort variant presque dans toute son étendue Il commence le vingt cinquième février vers les deux heures du matin a ce soulever un grand vent une pluye continuele qui dura toute la journée le monde croyait périr tout était en allarmes les arbres tombait comme des pailles les maisons tremblait les granges étoit toutes déchirées et meme en tomber une grande quantité par terre ; le lendemain le vent continua encore mais la pluye avoit cessé il commence a tomber de la naige en très grande abbondance car on ne pouvait pas sortir des maisons pour aller chercher ce qu'il étoit nescessaire sans grand danger de perdre la vie et cela dura beaucoup de temps car pendant tout le courant du mois de mars on na vü un jour serein tout jours vent touts jours neige et touts jours froid les bestiaux périssoient faute de nour-riture par ce que le mauvais temps avoit épuisé les fourages et on ne pouvait pas a certains jours y aller qu'avec grand peine et dangé.
Le mois d'avril ne fut pas moins mauvais que le précedent le temps a continué presque jusques a sa fin la culture fut si re-tardée qu'on na vu presque rien de semé que au commencement du mois de mai et ce qui plus affligé les gens ce que les seigles et froments ont péri dans les montagnes a cause du mauvais temps ; cela n'a pas été encore le seul malheur dans cette année une disette generale a causé de cruelles allarmes dans toute létendue de ce Royaume car le grain s'est vendu fort cher jusques a voit le froment a trente six livres le sac le seigle vingt sept et 28 le milloc vingt sept livres et la livre du pain cinq sols six deniers et il y a eu deux marchés qu'on ne trouvoit pas meme du grain avec de largent.
il y a eu aussi cette année des etats generaux ou toute la Nation a été assemblée a versailles le 27° avril dernier pour régler les afaires de l'etat et corriger les abus qui si etoient glises depuis longtemps et representer a Sa majesté de vouloir accorder a la nation une nouvelle Constitution.
La province de Bigorre a nommé pour ses représentants aux etats generaux dans une assemblée quil a tenue ou il y avoit deux députés de chaque Comté ou plus a raison de leur population ou etoit tout le clergé toute la noblesse et tout le tiers etat
M la Riviere curé de Vic député du clergé M. de Gonés député de la noblesse, M. Barere Vieusac et M. Dupont de las deputés du tiers état
On vient d'apprendre aussi que les dits Representants ont soufert de cruelles allertes pendant la tenue des dits etats generaux car sans le secours de la populace ils auraient tous peri
une nouvelle fort efrayante est aussi arrivée dans ce pais et méme dans la plaine le 6° d'aout al'occasion d'un grand nombre de brigands ou des gens échapés des galéres qui setoient introduits dans ce Royaume Cette nouvelle arriva à Sireix vers la minuit lorsque le monde dormait paisiblement disant que cette troupe étoit à Coüarase en béarn ont entend de toute part les cloches sonner le toc sain de cris de pleurs, des allarmes.il n'avait personne qui ne fut dans la désolation on prépare des fusils et tout le monde se met en armes pour combattre si était nécessaire.
on vient de recevoir aussi un ordre ou touts les hommes tant prêtres que autre ecclésiastique, nobles et roturiers sont obligé de porter une coquarde dans leur chapeau ou autre couvre-chef a peine contre celui qui si refus d'etre treiné sur un âne le long des rues et après etre baigné dans une Riviere et après mis en prison quatre heures.

Cet article relaté dans son intégralité est remarquable tant par les faits qu'il révèle, que par la façon dont il est écrit, car n'oublions pas qu'à cette époque l'instruction primaire était peu ou pas développée. Le nom de l'auteur n'est pas mentionné. Il est dommage que la relation des faits s'arrete au mois d'août 1789. Une grande page reste en blanc à la fin de l'article. Pourquoi n'est-ce pas fait pour terminer l'année? Ce qui se passait dans les derniers mois de 1789, sur le plan national, n'a-t-il pas eu de répercussions à Sireix? La question reste sans réponse, mais mes félicitations vont à celui qui a eu "l'idée de noter", mois par mois les grands moments de 1789 dans ce petit village.

Annette  PARROU
65400 Arras en Lavedan