sireix


1 - De Franca d'Abbadie à Bernadotte...

Extrait de Lavedan et Pays Toy n°26 – spécial 1995 ; p. 51-54
Revue de la Société d'Etudes des Sept vallées

Le village de Sireix (1) est perché en bordure de la vallée du Gave d'Azun ; sur le plateau, rive droite du Gave, il aligne ses maisons et compte actuellement 61 habitants. Sa position l'a, depuis toujours, isolé à l'écart de la voie de circulation Nord-Sud qui monte en Azun, sur la rive gauche du Gave.

Deux dictons anciens du Lavedan permettent d'évaluer cet isolement. Jean Bourdette note que si "on va à Sireix, on n'y passe pas!". C'est vrai, mais de nos jours, la route d'accès au lac d'Estaing se dédouble et fait une boucle qui traverse Sireix. L'autre dicton va dans le même sens : si une chose, un projet s'avéraient irréalisables ils étaient remis "quand le Roi passera à Sireix!". C'est encore vrai : aucun roi n'est venu au village, mais les ancêtres du Roi de Suède sont originaires de Sireix !

UN PEU D'HISTOIRE...

Avant l'an 1000, le seigneur de Montperlé, d'Arras, possédait les terres dites de Sirèch ; il les donna en fief à des "caddets et caddettes" d'Arras qui voulaient s'y établir. Cette colonie est à l'origine du village de Sireix.
De 1145 à 1415, elle fait partie de la seigneurie "de Labéda de Béoucen". Par la suite elle appartient au Vicomte Arnaud IV de Labéda. Comme dans tous les vil-lages, la communauté nouvelle-ment installée construit une église. Celle de Sireix, de petites dimensions est placée sous l'invocation de Saint Jean-Baptiste. La vingtaine de maisons pauvres qui forment alors ce petit village sont cependant desservies par un curé.
De plus, la paroisse est prise en charge par l'abbé lay ou laïc : celui-ci n'avait aucune fonction religieuse; il possédait "en fief le patronage de l'église, percevait la dîme de la paroisse, devait le service militaire envers le comte de Bigorre, l'entretien du curé et de l'église". L'abbé lay profitait de nombreux privilèges que l'on désignait sous le nom "d'Abbadie Laye", c'est-à-dire abbaye laïque. La demeure de l'abbé prit ainsi le nom d'Abbadie qui devint ensuite le nom de famille des abbés. La possession de la maison était le caractère essentiel et la prérogative de l'abbé lay, d'où la transmission héréditaire du nom et des propriétés.
Nous rappellerons que, selon la coutume du Lavedan, tous les héritiers portent le nom de la maison. Lorsqu'une fille est héritière (l'aînée des enfants), elle garde le nom avec la maison : c'est ainsi que le nom d'Abadie (2) s'est perpétué. En effet dans la succession des abbés lays de Sireix, la famille Abadie, la transmission du nom et du titre a été très souvent assurée par les femmes.
Nous présenterons cette succession Abadie en établissant le tableau de la généalogie maternel-le de Bernadotte. Nous avons rele-vé ces données dans les Notices des Abbés Lays de Jean Bourdette publiées en 1911 ; les dates, les prénoms, les filiations, ont été contrôlés à l'aide des registres paroissiaux de Sireix (pour les données postérieures à 1683). Cet arbre généalogique a été construit par Mlle F. Debaisieux, Conservateur des Musées de la ville de Pau, il y a quelques années. Mais il nous a paru intéressant de rechercher l'ascendance maternelle en Val d'Azun de celui qui allait devenir Roi de Suède et dont descendent les souverains actuels. Apparemment, peu de gens des Sept vallées connaissent cette généalogie, originaire de Sireix ; nous avons voulu simplement la rappeler car elle fait partie de notre histoire.

COMMENTAIRES

Ce nom de famille "Abadie" se retrouve dans tous les villages ayant un abbé ou abbesse lay. Ceci complique la tâche des généalogistes qui retrouvent ce nom de maison dans les alliances, les ascendances, les branches collatérales, n'ayant, cependant aucun lien de parenté. Par exemple en 1579, Marie d'Abbadie de Sireix, soeur de Coundourina 2ème, épouse Me Fortané d'Abbadie d'Uz; il est notaire et héritier du nom Abbadie à Uz, où Marie va s'installer.
Revenons au début du tableau : Franca d'Abbadie est veuve de Ramon de la Péna en 1342 (voir J. Bourdette). Sa fille Marie épouse la même année (11/12/1342) Guilhem d'Abbadie-Dessus d'Aucun, héritier. Vraisemblablement, Marie va vivre à Aucun, dans la famille d'Abadie-Dessus. Mais nous avons une lacune dans la succession Abadie de Sireix, entre 1342 et 1429, lorsque Pey devint Abbé Lay. Comparant ces dates et le mariage de Marie à Aucun, nous pouvons penser que Pey serait le petit-fils de Marie et l'arrière petit-fils de Franca. Pendant environ 70 ans, qui a été abbé lay à Sireix? Nous n'avons pu le trouver. Jean Bourdette, lui-même, n'a pu com-bler cette lacune malgré ses recherches dans les parchemins et papiers de la famille Abadie.

CONCLUSION

Que devient l'abbadie de Sireix après François et Bernat d'Abbadie ?
François d'Abbadie décède vers 1750, en prison, ayant dilapidé toute la fortune de la "maison". Il laisse à son fils Bernat de nom-breuses dettes que ce dernier ne peut rembourser. Suivant l'exem-ple de son père, aimant les chicanes, Bernat finit de ruiner sa famille : harcelé par les huissiers, ne tenant pas ses promesses verbales, il est poursuivi par les nombreux créanciers qui réclament des sommes d'argent de plus en plus importantes. Parmi ses créanciers, les époux Bernadotte intentent de nombreux procès, mais sans résultat.
En 1776, l'abbadie est attribuée à Doumenge Sépet de Sireix, qui devient abbesse laye : elle hérite des biens et droits attachés à la maison Abbadie. Celle-ci est, à partir de cette date, la maison Sépet.
En 1778, devant notaire, Doumenge cède la maison d'Abbadie-Sépet, avec tous ses biens "au Sieur Jean Gardes".
Jean Gardes [1739-17841] se marie avec Marie Vignau en 1762. Ils ont un fils, Henri, en 1764. Ils s'expatrient en Amérique, puis Jean revient s'installer et reste abbé lay jusqu'à son décès en 1784. Il a légué ses biens à sa femme qui rentre de Saint-Domingue ; leur fils Henri assure la garde de la maison Sépet.
Henri Gardes fut le dernier abbé lay de Sireix, de 1784 à 1789. En effet, l'abbaye laye de Sireix est abolie en août 1789, la maison et les biens restent propriété de la famille Gardes. Madame Gardes décède à Argelès en 1828 ; elle a légué tous ses biens à sa petite nièce Eugènie de Tricourt, épouse de Charles-Pierre Gassiot, docteur en médecine à Argelès.

(1) Graphie moderne de la prononciation en français de l'ancien occitan : Sirèch.
(2) M.T. Morlet, Dictionnaire étymologique des noms de famille : "Abadie ou Abbadie : forme méridionale d'abbaye ; fréquent dans le sud-ouest ; réduit par aphérèse à Badie (forme dialectique: Badie, avec la préposition de : Dabadie ; avec l'article : Labadie, surnom s'appliquant à un serviteur d'une abbaye).

Collectif Groupe généalogie
Article Publié avec leur aimable autorisation.