sireix


4 - Légende de la Fée du Lac d'Estaing

Au sud d'Arrens, dans les Hautes-Pyrénées, on peut admirer le lac d'Estaing étendu sur 12 hectares et entouré de crêtes inoubliables de beauté.
A la fin de la journée, les eaux se couvrent de vapeurs blanches qui montent peu à peu. Les bergers qui suivent le chemin du rivage pressent le pas, ne voulant pas rencontrer la mystérieuse dame du lac. Mais autrefois, l'un d'eux, Jean Abadie, se laissa séduire. C'était un jeune du village de Sireix qui revenait d'Espagne. En passant au bord du lac, il entendit un chant merveilleux venant du fond des eaux, semblable à une mélodie delphique.
Envoûté par une voix aussi pure, Abadie s'arrêta et prit pour fauteuil un rocher. Une splendide jeune fille, vêtue d'une robe blanche, surgit subitement devant lui.
- Ne craignez rien, dit-elle, je suis la fée du lac d'Estaing. II y a bien longtemps j'étais une reine célèbre, mais un mauvais sort me retient au fond des eaux. Vous seul pouvez me délivrer.
- Comment donc ? demanda avec empressement le jeune homme, déjà amoureux de cette sauvage beauté.
- Il faut que vous ayez mangé, mais aussi que vous soyez à jeun, que vous ne portiez pas d'habit, mais sans être nu,et enfin que vous ne veniez ni à pied ni à cheval.
- Mais cela est impossible, répondit le berger avec désespoir.
Mais à peine eut-il prononcé cette phrase que la fée disparut dans les profondeurs du lac.
Le lendemain, alors qu'il traversait à jeun un champ de seigle, cueillit machinalement un épi et en mâcha les grains, revêtit un filet de pêche te la rejoignit en chevauchant une de ses chèvres. Quelle surprise ! En arrivant au bord du lac, la fée l'attendait et se jeta dans ses bras. Elle lui dit :
Tu m'as sauvée et je suis ta femme désormais. Je vais t'apporter le bonheur et la richesse, et tu me garderas toujours, mais à une condition : ne m'appelle jamais "folle" ou "fée".
Comme il accepta, elle le conduisit à une grotte et lui offrit un coffre rempli de pièces d'or.
Le mariage fut le plus beau qu'on ait jamais vu à Sireix. De cette union naquirent cinq enfants.
Un matin, le berger, devenu seigneur, ordonna à ses valets de faucher les récoltes avant midi. Puis descendit seul au village d'Argelès sur son cheval blanc. Une pluie diluvienne le contraint de rentrer précipitamment. II découvrit ses récoltes inondées. Grande fut sa colère. II demanda a son épouse qui avait contredit son ordre :
- C'est moi, dit-elle.
Sans attendre une explication, il la traita de folle. A ce mot, elle disparut sous ses yeux, et le seigneur regretta aussitôt d'avoir prononcé le mot fatal.
La fée n'avait cependant pas oublié ses enfants. Tous les matins, dès que son mari se rendait au village, elle venait les peigner et les cajoler.
Le seigneur, la surprit un jour et la supplia de rester.
- Je ne peux pas, répondit-elle ; et puisque tu m'as revue, je ne reviendrai plus. Mais sache que nos enfants deviendront illustres.
"La promesse de la fée fut tenue lorsque Jean Bernadotte, dont la mère descendait de la famille Abadie de Sireix, devint roi de Suède et fonda une des plus heureuses dynasties qui existent encore dans notre monde tourmenté."